Le témoignage de Daniel a été publié dans l'Edito N°3 de juillet 2001. Daniel continue de pédaler régulièrement.

 
Le 13 mai 2001 : Daniel au micro lors de la remise des prix de "La Val d'Europe" 

 

Depuis 4 ans ... Une seule idée ... Ne jamais faiblir

Relever le Défi..... Lutter ... Toujours Lutter

La vie est faite de surprises, et quand on approche de la soixantaine, généralement on a tous eu notre lot de bonnes et mauvaises surprises. D’ailleurs, on peut dire que les mauvaises surprises de la vie présentent une certaine analogie avec les épreuves cyclistes, tout comme les cols, elles sont hiérarchisables selon la difficulté à les surmonter. Quand les mauvaises surprises touchent la santé, certaines sont classables en « tuiles hors catégorie ». La surprise est d’autant plus grande lorsque cette « tuile HC » vous tombe dessus alors qu’aucun symptôme ne vous fait douter de votre bonne santé.

Ainsi, il y a 4 ans, lors du renouvellement de la licence, vous subissez le banal mais sérieux examen de santé, le toubib vous trouve en bonne forme et les 7 médailles d’OR obtenues au cours de la saison écoulée ne vous permettent pas de douter sur votre santé. Le docteur délivre sans réserve le certificat d’aptitude à la pratique du cyclisme et vous prescrit quelques analyses sanguines de routine (cholestérol, et d’autres moins connues )

Tout s’écroule lorsque la secrétaire du laboratoire, avec une mine catastrophée, annonce à votre épouse qu’il faut rapidement procéder à des examens complémentaires et délivre un pré-diagnostic qui se révélera exact.

Rapidement vous enchaînez les expertises, la consultation de spécialistes, et après le résultat d’une biopsie on vous annonce que vous avez l’une des maladies couvertes à 100 % par la sécurité sociale. L’on vous parle de cellules anormales pour ne pas employer un mot qui fait peur.

Vous décidez de lutter, d’affronter la maladie en continuant à mener une vie normale, c’est à dire sans interrompre vos activités professionnelles, et surtout de continuer vos loisirs et activités sportives en les adaptant à votre nouvelle situation, à votre nouveau contexte de santé.

Il est commun de dire que l’on ne choisit pas ses maladies. Dans ce domaine, comme ailleurs, nous ne sommes pas tous à égalité. Certains, heureusement la majorité d’entre nous, « héritent » de maladies bénignes auxquelles la médecine apporte une riposte immédiate pour aider l’organisme, et parfois il existe même des traitements préventifs. Pour d’autres, malheureusement il en va tout autrement, même si le taux de guérison progresse tous les jours, la médecine à elle seule ne peut vous garantir la guérison. Aux soins qui vous sont prodigués, il faut impérativement y ajouter d’autres ingrédients.

  • En premier lieu, avoir l’envie ou l’habitude de lutter, être doté d’un moral de compétiteur pour se battre contre ce qui est vécu comme une injustice. Dans ce domaine, comme pour tous les autres sports d’endurance, le vélo est l’école du courage, de la volonté. En plus du plaisir de la compétition, pour suivre les autres cyclistes ou mieux avoir la griserie de les devancer, le vélo est aussi une lutte permanente contre le vent, contre les conditions atmosphériques parfois épouvantables, contre la pente lors épreuves en montagne..... celles que je préfère. C’est aussi parfois une lutte contre soi même lorsqu'il faut aller puiser dans ses dernières forces pour terminer une cyclosportive. Cette lutte contre soi même n’est-elle pas comparable à celle qui s’est engagée entre vous et la maladie ?

  • Dans cette période de vulnérabilité, il est important de bénéficier d’un environnement familial sans faille, qui n’ajoute pas du malheur au malheur, qui sait ne pas afficher ses craintes, et adhère sans réserve à votre décision de tout faire pour continuer à vivre normalement comme avant. Dans ce registre je dois dire que je suis chanceux. Admirable de solidarité, dotée d’une volonté de fer, mon épouse qui est également une « cyclote intermittente », la 1ère année de ma maladie, la plus importante à mes yeux, au prix de sacrifices importants, a entrepris un difficile programme d’entraînement pour que nous puissions mener ensemble nos activités sportives et relever le défi de participer à La Marmotte, l’épreuve reine qui fait référence dans le domaine des cyclosportives. Je dois ajouter que sur le plan familial, j’ai aussi la chance d’avoir des petits fils adorables qui sont une grande source de réconfort.

  • A cette volonté farouche de relever le défi des « cellules malignes » qui attaquent votre capital santé, à la qualité de votre environnement familial , vient s’ajouter la solidarité de ses semblables ou des sympathisants à la lutte contre la maladie. C’est à ce niveau qu’intervient l’association « Roulons ensemble contre le cancer » à laquelle j’ai immédiatement adhéré dès que j’ai eu connaissance de son existence. Merci Thierry, magnifiquement épaulé par Valérie, d’avoir eu l’idée de créer cette association et de l’ouvrir aux sympathisants (membre de la famille ou amis) qui veulent bien apporter leur soutien à cette bonne cause. Chaque rassemblement au départ des cyclosportives est l’occasion de démontrer aux autres que nous existons, de prendre conscience que l’on peut basculer très vite et sans le savoir de la catégorie des cyclistes en bonne santé à celle des sportifs qui luttent pour retrouver la santé et aussi de démontrer aux autres mais surtout à soi même que l’on est encore normal, que l’on n’est pas exclu de la vie et de la pratique sportive.

A ce jour je ne suis pas guéri, mais comme tous les malades, j’espère que la médecine fera des progrès à pas de géant et qu’à tout le moins, elle trouvera un traitement pour nous maintenir en vie durablement.

En 2000 j’ai pris grand plaisir à « rouler ensemble contre le cancer » lors de la Stephen Roche. Le généreux, aimable et sympathique Stephen nous a fait l’amitié de poser avec nous pour une photo souvenir.

Pour cette année 2001, j’ai dû déclaré forfait pour La PRUNEAU d’AGEN, et L’ETAPE DU TOUR, mais ce n’est que partie remise....... il faudra aménager l’emploi du temps 2002 pour remédier à ces défections. J’ai toutefois répondu présent aux autres rassemblements que Thierry a organisés pour La 77, La VAL D’EUROPE, et La MARMOTTE.

Pour préparer cette cyclo qui fêtait sa 20ème édition j’ai aussi effectué la randonnée permanente de la confrérie des « Fêlés du Grand Colombier » ascension de cet Everest local du Haut Bugey par 3 faces différentes que je recommande aux amateurs de dénivelées importantes. Toujours pour préparer la terrible Marmotte, j’ai participé au Brevet des Randonneurs de Chartreuse agrémenté de tous les cols très toniques de ce massif (Porte, Coq, Granier, Cucheron etc...), et aussi au Marathon des Dolomites avec ses 9 cols dont 6 à plus de 2000 m .... une cyclosportive italienne de grande qualité avec une organisation qui atteint la perfection et que je conseille à tous les amoureux du vélo. (Circulation automobile fermée sur l’ensemble du parcours)

Dans le final de la Marmotte, qui s’est déroulée dans des conditions climatiques exécrables, alors que je ronronnais sur mon plus petit développement à mi-pente de l’Alpe d’Huez, une grande émotion m’a arraché quelques larmes quand j’ai entendu les encouragements « vas y Daniel » d’un cyclo qui me doublait........ c’était Thierry que je n’avais pas vu au départ. L’on s’était peut être déjà côtoyé au cours de cette dure journée...... mais comme cette année La Marmotte était une cyclosportive qui aurait du être sponsorisée conjointement par KWAY et GORETEX, il n’était pas facile de reconnaître les amis.

Heureusement, la collation prise ensemble à l’arrivée et un bon thé chaud qui arrivait difficilement à nous requinquer, nous avons pu échanger un peu et penser aux prochains grands rendez-vous.

Tant que je pourrais, même modestement, participer aux cyclosportives et notamment aux montagnardes qui ont ma préférence en raison de leur analogie avec la lutte contre la maladie (face à la pente : interdit de capituler, de poser pied il faut résister et arriver au sommet) je pourrais encore considérer être comme les autres, être « quasi normal », tout en étant conscient que mon capital santé résiduel ne permet plus de jouer les colombiens en montagne.

J’ai pris la résolution de continuer à pratiquer le vélo de manière plus « soft » en sachant que depuis 4 ans maintenant je roule avec un « passager clandestin », (installé sur un porte bagage fictif), que dans le milieu médical on appelle cancer.

 
 

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